Résistance des Matériaux en Construction (RDM)

Résistance des Matériaux en Construction (RDM)

Resistance des materiaux en construction : definition, importance et guide complet 2026

Qu est-ce que la RDM, pourquoi est-elle cruciale pour la securite et le cout des ouvrages, et comment l appliquer au quotidien ? Guide expert avec exemples concrets, ordres de grandeur et references aux Eurocodes.

En resume : La resistance des materiaux (RDM) est la science qui permet de dimensionner les structures pour qu elles supportent les charges sans rompre ni se deformex excessivement. Elle est cruciale car une erreur de RDM peut tuer (effondrement), couter cher (surdimensionnement) ou rendre un batiment inutilisable (deformation excessive). Elle repose sur des concepts cles : contrainte, deformation, module de Young, limite elastique. Les Eurocodes imposent son application via les Etats Limites Ultimes (ELU) et de Service (ELS). Maitriser la RDM, c est construire sur, economique et durable.

Vous etes ingenieur debutant, technicien, architecte ou maitre d oeuvre ? Vous avez entendu parler de RDM sans vraiment comprendre son importance concrete ? Cet article est fait pour vous : on y explique ce qu est la resistance des materiaux, pourquoi elle est absolument cruciale dans tout projet de construction, et comment l appliquer au quotidien.


1. Qu est-ce que la resistance des materiaux (RDM) ?

La resistance des materiaux, abregee RDM, est une branche de la mecanique qui etudie le comportement des solides deformables soumis a des forces. Son objectif : predire si une structure va resister, se deformer ou rompre sous l effet des charges qu elle subit.

Concretement, la RDM permet de repondre a des questions comme :

  • Quelle epaisseur donner a cette poutre en beton pour supporter le plancher ?
  • Ce poteau metallique va-t-il flamber sous la charge du batiment ?
  • La dalle en porte-a-faux va-t-elle trop se deformex pour etre confortable ?
  • Quel acier choisir pour cette charpente en zone sismique ?
Definition technique

La RDM est une modelisation 1D de la mecanique des milieux continus. Elle assimile les elements de structure a des poutres (elements longs par rapport a leur section) et utilise les hypotheses de Navier-Bernoulli (les sections planes restent planes et perpendiculaires a la fibre neutre) et de Hooke (comportement elastique lineaire : contrainte proportionnelle a deformation).

Un peu d histoire : Les premiers travaux remontent a Galilee (1638) sur la flexion des poutres. Hooke enonce la loi d elasticite en 1678. Navier, Cauchy et Coulomb posent les bases modernes au 19e siecle. Aujourd hui, la RDM est codifiee dans les Eurocodes (normes europeennes de calcul de structures).


2. Pourquoi la RDM est-elle cruciale en construction ?

La RDM n est pas une matiere theorique : elle a des consequences directes sur la securite des personnes, le cout des ouvrages et leur durabilite. Voici les 5 raisons pour lesquelles elle est indispensable.

2.1 Securite des personnes et des biens

C est la raison numero 1. Un dimensionnement errone peut entrainer l effondrement d un batiment, d un pont ou d une charpente. Les catastrophes du Hyatt Regency (1981, 114 morts, defaut de conception d une passerelle suspendue) ou du Ponte Morandi a Genes (2018, 43 morts, fatigue et corrosion) rappellent que la RDM n est pas negociable.

2.2 Optimisation economique

Une poutre surdimensionnee coute plus cher en materiau et en transport. Une poutre sous-dimensionnee entraine des reparations couteuses. La RDM permet de trouver le juste equilibre entre securite et cout. L optimisation RDM peut reduire de 10 a 20% le cout d une structure.

2.3 Conformite reglementaire

Les Eurocodes (NF EN 1990 a 1999) imposent des calculs RDM pour tout projet de construction en Europe. Sans justification RDM, un projet ne peut pas obtenir de permis de construire ni d assurance dommage-ouvrage.

2.4 Confort et fonctionnalite

Une structure peut etre sure mais inutilisable : plancher qui vibre trop, poutre qui se deformex et fissure les cloisons, dalle qui inflige un sentiment d insecurite aux occupants. La RDM verifie les Etats Limites de Service (ELS) pour garantir le confort.

2.5 Durabilite et developpement durable

Un batiment bien dimensionne dure plus longtemps, necessite moins d entretien et consomme moins de matieres premieres. Sous l impulsion de la RE2020, les ingenieurs utilisent la RDM pour justifier des structures plus legeres et moins carbonees, comme le bois ou le beton bas-carbone.

Chiffres cles

Une optimisation RDM bien menee peut reduire de 15 a 25% le volume de beton d un batiment, soit 150 a 300 kg de CO2 evite par m2 construit. Sur un immeuble de 3000 m2, cela represente 450 a 900 tonnes de CO2 economies.


3. Les concepts fondamentaux de la RDM

3.1 Contrainte (sigma)

La contrainte est la force interne qui s exerce sur une surface donnee. Elle s exprime en megapascals (MPa) ou en newtons par mm2 (1 MPa = 1 N/mm2).

σ = F / S Contrainte = Force / Section

Si vous posez 1000 kg (10 000 N) sur un poteau de 100 mm x 100 mm (section = 10 000 mm2), la contrainte est de 10 000 / 10 000 = 1 MPa. Un beton courant resiste a 25 MPa en compression. Vous avez une marge de 25x.

3.2 Deformation (epsilon)

La deformation mesure le changement relatif de longueur d un materiau sous charge. Sans unite, elle s exprime en % ou en mm/m.

ε = ΔL / L0 Deformation = Allongement / Longueur initiale

3.3 Module de Young (E)

Aussi appele module d elasticite. Il caracterise la rigidite d un materiau : plus E est eleve, moins le materiau se deformx sous charge.

σ = E x ε Loi de Hooke : la contrainte est proportionnelle a la deformation

Ordres de grandeur : Acier E = 210 000 MPa, Beton E = 30 000 MPa, Aluminium E = 70 000 MPa, Bois E = 8 000 a 14 000 MPa.

3.4 Limite elastique et domaine plastique

Sous une contrainte croissante, un materiau passe par 3 phases :

  1. Domaine elastique : deformation reversible. Le materiau reprend sa forme initiale quand on retire la charge.
  2. Domaine plastique : deformation permanente. Le materiau ne reprend pas sa forme initiale.
  3. Rupture : le materiau se rompt.

En construction, on dimensionne toujours dans le domaine elastique (sauf cas particulier comme la ductilite sismique).

Coefficient de securite

On ne dimensionne jamais a la limite : on applique des coefficients partiels (γ) pour majorer les charges et minorer la resistance des materiaux. Par exemple, un acier de limite elastique f_y = 355 MPa sera calcule avec f_yd = 355 / 1.0 = 355 MPa (Eurocode 3, ELU).


4. Les 5 sollicitations mecaniques essentielles

Sollicitation 1
Traction
Sollicitation 2
Compression
Sollicitation 3
Flexion
Sollicitation 4
Cisaillement
Sollicitation 5
Torsion

4.1 Traction

Effort qui tend a allonger la piece. Exemple : cable de pont suspendu, tirant de charpente, bielle tendue d un treillis. Contrainte uniforme dans la section : sigma = N / A. Verifications ELU : sigma <= f_yd. Verifications ELS : allongement limite.

4.2 Compression

Effort qui tend a raccourcir la piece. Exemple : poteau, mur porteur, arc. Meme formule que la traction mais attention au flambement (voir ci-dessous). Le beton resiste tres bien en compression (20-40 MPa) mais mal en traction (2-4 MPa), d ou l utilisation d armatures.

4.3 Flexion

Effort qui courbe la piece. Exemple : poutre de plancher, linteau de porte, dalle. La contrainte maximale est en fibre extreme (haut ou bas) : sigma_max = M x v / I, ou M = moment flechissant, v = distance a la fibre neutre, I = moment d inertie de la section.

Ordres de grandeur

Une poutre beton 20x50 cm portant 5 m avec une charge de 20 kN/m subit un moment maxi de 62,5 kN.m. La contrainte maxi en flexion est d environ 12 MPa. Avec un beton C25/30 (f_ck = 25 MPa), c est acceptable.

4.4 Cisaillement

Effort qui tend a glisser les sections l une contre l autre. Exemple : assemblage boulonne, about de poutre sur appui. Contrainte de cisaillement : tau = V / A, ou V = effort tranchant.

4.5 Torsion

Effort qui tend a vriller la piece autour de son axe. Exemple : poutre de rive d un balcon, arbre de transmission. Moins frequente en structure de batiment, mais critique dans les poutres courbes ou les porte-a-faux dissymetriques.

4.6 Cas particulier : le flambement

Phenomene d instabilite qui survient dans les elements comprimes elances (poteaux minces, barres de treillis). Meme si la contrainte de compression est inferieure a la limite elastique, la piece peut flechir brutalement et s effondrer.

P_cr = π² x E x I / L_k² Charge critique d Euler

Le calcul au flambement selon l Eurocode 3 utilise des courbes de flambement (a0, a, b, c, d) qui dependent de la section et du materiau, et integrent les imperfections geometriques et materielles.


5. ELU et ELS : les deux piliers du dimensionnement

Les Eurocodes imposent de verifier TOUTE structure a deux niveaux :

5.1 Etat Limite Ultime (ELU)

Correspond a la ruine de la structure : effondrement, rupture, perte d equilibre, flambement. Les charges sont majorrees par des coefficients de securite (ex : 1.35 x charges permanentes + 1.5 x charges d exploitation). On verifie que la resistance de calcul du materiau depasse la sollicitation de calcul.

Combinaison ELU type : 1.35 G + 1.5 Q (ou G = charges permanentes, Q = charges d exploitation).

5.2 Etat Limite de Service (ELS)

Correspond au fonctionnement normal de l ouvrage : deformations admissibles, fissuration, vibrations. Les charges sont non majorees (combinaison caracteristique). On verifie que la fleche, l ouverture de fissure ou la vibration restent dans des limites acceptables.

Combinaison ELS type : G + Q (charges non majorees).

ELU
Resistance
Charges majorees. On verifie que ca ne casse pas.
ELS
Confort
Charges reelles. On verifie que ca ne se deformx pas trop.
Attention

Ne pas confondre : l ELU garantit la securite (personnes), l ELS garantit le confort et la fonctionnalite (ouvrage). Les deux sont obligatoires.


6. Comparaison des materiaux de construction

MateriauModule Young E (MPa)Resistance compression (MPa)Resistance traction (MPa)Masse volumique (kg/m3)Usage principal
Acier S235210 000235 (el)235 (el)7 850Charpente, armatures, poutrelles
Acier S355210 000355 (el)355 (el)7 850Construction metallique courante
Beton C25/3031 00025 (ca)2,6 (ct)2 500Poteaux, poutres, dalles, fondations
Beton C40/5035 00040 (ca)3,5 (ct)2 500Ouvrages d art, premoulage
Bois C24 (resineux)11 00021 (ca)14 (ct)420Charpente lamelle-colle, poutres
Bois GL24h (lamelle)11 50024 (ca)16,5 (ct)450Grandes portees, structures bois
Aluminium 6060-T670 000160 (el)160 (el)2 700Menuiserie, facades, structures legeres
Composites verre-epoxy30 000300-500300-5001 800Renforcement, profils speciaux
Pierre naturelle20 000 - 70 00050 - 2003 - 102 400 - 2 800Maconnerie, parement, restauration

(el) = limite elastique, (ca) = resistance caracteristique en compression, (ct) = resistance caracteristique en traction.


7. Catastrophes historiques causees par des erreurs de RDM

Ces effondrements celebres montrent l importance vitale de la RDM :

1981
Hyatt Regency, Kansas City
114 morts, 216 blesses

Passerelles suspendues du hall de l hotel. Un changement de conception (tiges filetees passant en continu vs connectees en deux troncons) a double la contrainte dans l assemblage. Rupture des tirants, effondrement des passerelles. L enquete a revele que le bureau d etudes n avait pas verifie le plan modifie. Cette catastrophe a change pour toujours les regles de verification des modifications de conception.

2018
Pont Morandi, Genes
43 morts

Effondrement du tablier du pont autoroutier. Causes multiples : fatigue des haubans, corrosion des armatures de precontrainte (non inspectables), defaut de conception du systeme de haubanage, absence de redondance. Le pont avait ete concu dans les annees 1960, avant les normes de fatigue modernes. Une lecon sur l importance de l inspection et de la maintenance des ouvrages anciens.

1970
Pont du Baton Rouge (Angleterre)
5 morts, structure perdue

Un viaduc autoroutier en encorbellement s est effondre pendant la construction. Cause : flambement des membrures comprimees d une poutre caisson non contreventee lateralement. Le mode de flambement n avait pas ete prevu dans les calculs.

Lecon a retenir

Dans la majorite des catastrophes, ce n est pas la theorie RDM qui est en cause, mais son application : modification non verifiee, hypothese de calcul erronee, fatigue non prise en compte, ou defaut d inspection.


8. RDM et Eurocodes : mode d emploi pratique

Les Eurocodes (NF EN 1990 a 1999) sont les normes europeennes de calcul des structures. Ils transforment la theorie RDM en regles applicables pour les ingenieurs.

Les Eurocodes principaux

NF EN 1990 Bases de calcul, combinaisons d actions, ELU/ELS
NF EN 1991 Actions sur les structures (vent, neige, temperature, etc.)
NF EN 1992 Calcul des structures en beton arme et precontraint
NF EN 1993 Calcul des structures en acier
NF EN 1994 Calcul des structures mixtes acier-beton
NF EN 1995 Calcul des structures en bois
NF EN 1996 Calcul des structures en maconnerie
NF EN 1997 Calcul geotechnique (fondations)
NF EN 1998 Calcul parasismique
NF EN 1999 Calcul des structures en aluminium

Demarche pratique de calcul avec les Eurocodes

  1. Modelisation : schematiser la structure (poutres, appuis, liaisons)
  2. Charges : appliquer les actions selon NF EN 1991 (G, Q, vent S, neige N, seisme AE)
  3. Combinaisons : former les combinaisons ELU et ELS selon NF EN 1990
  4. Sollicitations : calculer M, N, V sous chaque combinaison (logiciel ou manuel)
  5. Verification ELU : verifier la resistance (sigma <= f_d) et la stabilite (flambement, etc.)
  6. Verification ELS : verifier les deformations (fleche <= L/250 a L/500 selon le cas)
  7. Dimensionnement : ajuster les sections pour satisfaire toutes les verifications

9. RDM et construction durable (RE2020)

La RE2020 (Reglementation Environnementale 2020, applicable depuis 2022) introduit une contrainte majeure : limiter l impact carbone des batiments neufs. La RDM est un levier cle pour y parvenir.

Comment la RDM aide a decarboner la construction

  • Optimisation des sections : des calculs RDM precis permettent de reduire la quantite de matiere sans compromettre la securite (ex : passer de 30 a 25 cm d epaisseur de dalle = -17% de beton)
  • Choix du materiau : La RDM permet de comparer objectivement acier, beton, bois, et composites pour un meme usage, en integrant les performances mecaniques et le bilan carbone
  • Structures mixtes : La RDM des structures mixtes (acier-beton, bois-beton) permet d associer les avantages de chaque materiau
  • Renforcement et reutilisation : La RDM permet de verifier la faisabilite du reemploi de materiaux existants, evitant les emissions de la demolition/reconstruction
Exemple

Un bureau d etudes a optimise les poutres d un immeuble de bureaux en passant du beton C30/37 au C50/60 avec la meme section, et en reduisant les armatures de 20%. Resultat : -12% de carbone sur la structure porteuse, cout identique.


10. Outils modernes : logiciels, BIM et elements finis

Si les principes RDM restent les memes, les outils de calcul ont revolutionne la pratique. Voici les principaux :

Calcul par elements finis (MEF / FEM)

La methode des elements finis permet de decouper une structure complexe en milliers de petits elements, chacun calculable individuellement par les equations de la RDM. Utilisee pour : ponts, coques, structures non lineaires, dynamique, etc.

Logiciels courants : Robot Structural Analysis, SAP2000, ETABS, ANSYS, Abaqus (elements finis avance), RFEM, SCIA Engineer, Advance Design.

BIM et RDM

Le BIM (Building Information Modeling) integre les donnees RDM directement dans la maquette numerique. Un modeleur (Revit, Tekla, ArchiCAD) alimente un logiciel de calcul qui retourne les sections optimisees. Avantages : detection de conflits, mise a jour automatique, tracabilite.

Feuilles de calcul et outils manuels

Memes a l ere du numerique, les ordres de grandeur et les verifications rapides restent essentiels. Un ingenieur experimente sait estimer la fleche d une poutre en 30 secondes avec une formule simple, pour verifier que le logiciel n a pas fait d erreur.

Regle d or

Un logiciel de calcul RDM execute des equations, il n a pas d intuition. Toujours verifier les ordres de grandeur avec un calcul simplifie. Les plus grandes catastrophes sont souvent arrivees parce que l ingenieur a fait confiance aveuglement au logiciel.


11. Erreurs courantes en RDM

X
Erreur : Negliger le flambement dans les poteaux intermediaires.
Solution : Verifier l elancement (lambda = L_k / i) de chaque element comprime. Si lambda > 20, le flambement doit etre calcule.
X
Erreur : Utiliser une mauvaise condition d appui dans le modele.
Solution : Un appui simple et un encastrement donnent des moments totalement differents. Modeliser au plus pres de la realite.
X
Erreur : Confondre limite de controle et limite de tolerance en SPC.
Solution : Les limites de controle sont statistiques (+/-3 sigma), les limites de tolerance sont specifiees par le client ou la norme. Ne pas les echanger.
X
Erreur : Oublier les charges climatiques (vent, neige) dans les combinaisons.
Solution : L Eurocode 1 (NF EN 1991) definit les charges de vent et de neige par zone geographique. Les ignorer peut entrainer un sous-dimensionnement dangereux.
X
Erreur : Dimensionner a l ELU sans verifier a l ELS.
Solution : Une poutre peut etre tres solide (ELU ok) mais trop deformable (ELS ko). Les deux verifications sont obligatoires.
X
Erreur : Appliquer le principe de superposition la ou il ne s applique pas.
Solution : La superposition ne marche qu en elasticite lineaire. En grands deplacements, fatigue, plasticite, ou contact, il faut des analyses non lineaires.

12. Checklist pour un dimensionnement reussi

Avant de finaliser un calcul de structure, verifiez chaque point :

Hypotheses et modelisation

  • Les appuis sont-ils correctement modelises (appui simple, encastrement, appui elastique) ?
  • Les liaisons entre elements sont-elles realistes (rotule, continuite, semi-rigide) ?
  • Les charges appliquees correspondent-elles a l usage reel du batiment ?
  • Les combinaisons ELU et ELS sont-elles conformes a l Eurocode 0 ?

Verifications ELU

  • Chaque element est-il verifie en resistance (sigma <= f_d) ?
  • Les elements comprimes sont-ils verifies au flambement ?
  • Les assemblages sont-ils dimensionnes (boulons, soudures, ancrages) ?
  • La stabilite globale de la structure est-elle assuree (contreventement) ?

Verifications ELS

  • Les fleches sont-elles inferieures aux limites reglementaires (L/250 a L/500) ?
  • Les ouvertures de fissures sont-elles controlees (beton arme) ?
  • Les vibrations sont-elles acceptables (planchers, passerelles) ?
  • Les deformations differentielles sont-elles compatibles avec les facades et cloisons ?

Validation et documentation

  • Les notes de calcul sont-elles completes et signees ?
  • Un regard critique a-t-il ete porte (verification par un pair) ?
  • Les ordres de grandeur sont-ils coherents (calcul simplifie de verification) ?
  • Le dossier est-il conforme au referentiel Qualite du projet ?

13. Mythes et idees recues sur la resistance des materiaux

X
Mythe : « La RDM, c est juste des maths theoriques. »
Realite : La RDM est une science appliquee, validee par des decennies d essais et de retours d experience. Sans elle, pas de gratte-ciel, pas de pont, pas de stade.
X
Mythe : « Les logiciels de calcul remplacent la RDM. »
Realite : Les logiciels sont des outils. Ils ne remplacent pas la comprehension physique des phenomenes (flambement, cisaillement, fatigue). Un ingenieur qui ne maitrise pas la RDM ne peut pas verifier les resultats du logiciel.
X
Mythe : « Plus c est gros, plus c est resistant. »
Realite : Faux. La forme est aussi importante que la quantite de matiere. Une poutre en I resiste mieux en flexion qu une section pleine de meme poids. L optimisation RDM est un equilibre entre forme, matiere et cout.
X
Mythe : « Le beton arme resiste aussi bien en traction qu en compression. »
Realite : Le beton resiste 10 fois mieux en compression qu en traction. C est pour cela qu on l arme d acier la ou il est tendu (partie inferieure des poutres, par exemple).
X
Mythe : « Si ca a toujours tenu, pas besoin de calculer. »
Realite : Les constructions anciennes sont souvent surabondantes en matiere (securite par l excres de masse). Aujourd hui, les contraintes economiques et environnementales imposent d optimiser. Sans calcul, vous ne savez pas si votre structure est fiable a 100% ou si elle est au bord de la rupture.

14. Questions frequentes sur la resistance des materiaux

Quelle est la difference entre contrainte et deformation ?

La contrainte (sigma) est la force interne par unite de surface (en MPa). La deformation (epsilon) est le changement relatif de longueur (sans unite). La loi de Hooke les relie : sigma = E x epsilon. La contrainte est la cause, la deformation est l effet.

Qu est-ce qu une poutre isostatique ? Hyperstatique ?

Une poutre isostatique a exactement le nombre d appuis necessaires pour etre stable (ex : poutre sur 2 appuis simples). Les efforts internes ne dependent que de l equilibre statique. Une poutre hyperstatique a plus d appuis que necessaire (ex : poutre continue sur 3 appuis). Les efforts dependent aussi de la rigidite et des deformations. Le calcul hyperstatique est plus complexe mais conduit generalement a des structures plus economiques.

Pourquoi le module de Young est-il important ?

Le module de Young (E) mesure la rigidite d un materiau. Plus E est eleve, moins le materiau se deformx sous charge. L acier (E = 210 000 MPa) est 7 fois plus rigide que le beton (E = 30 000 MPa). Pour une meme charge et une meme section, une poutre acier se deformera 7 fois moins qu une poutre beton.

Qu est-ce que la fatigue des materiaux ?

La fatigue est l endommagement progressif d un materiau soumis a des charges repetees (cycliques). Meme si chaque cycle est inferieur a la limite elastique, l accumulation de cycles peut entrainer une rupture brutale. Exemple : un pont subit des millions de passages de vehicules. La fatigue est dimensionnante pour les ponts, les grues, les eoliennes.

Quels sont les 5 types de sollicitations en RDM ?

Les 5 sollicitations elementaires sont : traction (effort normal d extension), compression (effort normal de raccourcissement), flexion (moment qui courbe), cisaillement (effort qui glisse), torsion (moment qui vrille). Dans la realite, les structures sont souvent en flexion composee (flexion + traction/compression).

Quelle est la portee maximale d une poutre en beton ?

Cela depend de nombreux parametres (section, armatures, charges, type d appuis). A titre indicatif : une poutre beton arme de 30x60 cm peut porter 8 a 12 m pour un plancher courant. Au-dela, on utilise la precontrainte (portees jusqu a 30-40 m) ou des structures metalliques ou mixtes.

Quels sont les coefficients de securite dans les Eurocodes ?

Les coefficients partiels principaux : charges permanentes γG = 1,35 (ELU defavorable), charges variables γQ = 1,5 (ELU defavorable), beton γc = 1,5, acier γs = 1,15 (fissuration), acier γs = 1,0 (armatures). Ces coefficients integrent les incertitudes sur les charges, les materiaux, la geometrie et les modeles de calcul.

Comment debuter en RDM sans etre ingenieur ?

Architectes, economistes, conducteurs de travaux : vous n avez pas besoin de maitriser les calculs, mais de comprendre les concepts pour dialoguer avec les ingenieurs. Lisez des ouvrages comme « La RDM pas a pas » ou « Mecanique des structures » editions Eyrolles. Les MOOC (Coursera, FUN) proposent des initiations accessibles.


15. Glossaire complet

Contrainte (σ)
Force interne par unite de surface. Exprimee en MPa ou N/mm2.
Deformation (ε)
Variation relative de longueur d un materiau sous charge. Sans unite.
Module de Young (E)
Module d elasticite longitudinale. Mesure la rigidite d un materiau.
Limite elastique (f_y)
Contrainte maximale dans le domaine elastique. Au-dela, deformation permanente.
ELU
Etat Limite Ultime. Verification de la resistance et de la stabilite (securite).
ELS
Etat Limite de Service. Verification des deformations et du confort d usage.
Flambement
Instabilite d un element comprime elance (poteau, barre). Charge critique d Euler.
Flexion
Sollicitation qui courbe un element. Caracterisee par le moment flechissant M.
Moment d inertie (I)
Grandeur geometrique qui caracterise la resistance d une section a la flexion.
Fibre neutre
Ligne dans la section ou la contrainte normale est nulle en flexion pure.
Coefficient de Poisson (ν)
Rapport entre deformation laterale et deformation longitudinale.
Module d elasticite transversal (G)
Module de cisaillement. Relie contrainte de cisaillement a deformation angulaire.
Fatigue
Endommagement sous charges cycliques. Courbe de Wohler (S-N).
Fluage
Deformation differee sous charge constante dans le temps. Important pour le beton.
Ductilite
Capacite d un materiau a se deformex plastiquement avant rupture. Essentielle en zone sismique.
Hypothese de Navier-Bernoulli
Les sections planes restent planes et perpendiculaires a la fibre neutre apres deformation.

16. Ressources et formations pour aller plus loin

Livres de reference

  • J. Courbon - Resistance des materiaux (Dunod, reference historique)
  • J. M. Berthelot - Materiaux composites : comportement mecanique et analyse des structures
  • P. Bressolette - Mecanique des structures : poutres, plaques, coques (Eyrolles)
  • J. Calgaro - Introduction aux Eurocodes (Presses de l ENPC)
  • G. Creazza - La resistance des materiaux pour tous (ed. Techniques de l Ingenieur)
Conseil final : La RDM ne se maitrise pas en un jour. Commencez par les concepts fondamentaux (contrainte, deformation, loi de Hooke), puis entrainez-vous sur des cas simples (poutre isostatique en flexion). Visualisez les deformations, pas seulement les chiffres. Et n oubliez jamais : un calcul RDM, c est un engagement sur la securite des personnes.

Memo : les 7 points cles de la RDM en construction

1Contrainte (σ)Force/surface. Ne doit pas depasser la resistance du materiau
2Deformation (ε)Allongement relatif. Limite par le confort d usage
3Module de Young (E)Rigidite du materiau. Acier 210 GPa, Beton ~30 GPa
4ELUCharges majorees. On verifie que ca ne casse pas
5ELSCharges reelles. On verifie que ca se deformx trop
6FlambementInstabilite des elements comprimes elances. Charge critique d Euler
75 SollicitationsTraction, Compression, Flexion, Cisaillement, Torsion

Guides complémentaires

Pour aller plus loin, consultez ces articles connexes :

Corrosion de l'Acier : Mécanismes et PréventionMontage de Charpente Métallique : le guide technique completCharpente Métal, Bois ou Béton : comparaison complète
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